Non-human regeneration
Tangible utopias

VIVANT.ES

Alexia Venot et les etudiant.e.s Zoé Arnaud, Pauline Aubry, Antoine Behagel, Marianna Faleri, Séverine Luxerrois, Phi Lou-van

Acteur

Alexia Venot est designer et diplômée de l’Ecole des Arts Décoratifs de Paris (EnsAD). A travers une pratique réflexive du design et en particulier du textile, elle s’intéresse au rôle de la matérialité et à l’impact que peut avoir le design textile sur la société. Elle participe à faire coïncider des savoir-faire traditionnels comme des procédés plus innovants en déployant, en contexte, de nouvelles formes de collaborations et de relations matérialisées par des objets, textiles ou matériaux. Ses projets construits en collaboration avec différents acteurs mettent en place des imaginaires, méthodes, processus ou produits en prenant en considération des problématiques environnementales et sociales, locales comme globales. Alexia Venot intervient dans l’industrie, l’Edition ou en collaborant avec des artistes. En 2018 et 2020 Alexia Venot reçoit quatre distinctions pour son projet «HAY & HUSK». Son travail a été exposé en France au Royaume-uni et au Danemark.

Action

En partenariat avec Les Laboratoires d’Aubervilliers

Le studio (format de laboratoire transdisciplinaire sur l’année) « Vivant.es » est le fruit d’un partenariat de l’Ecole des Arts Décoratifs avec les Laboratoires d’Aubervilliers, un contexte où les relations des individus aux vivant.es se pensent en milieu urbain, un lieu hospitalier, d’expérimentation, de partage et de rencontre. Le projet « Vivant.es » a donné lieu à une série de rencontres en ligne avec des artistes, designers, curatrices explorant les questions du vivant par le prisme d’une approche éco-féministe. Le collectif « Vivant.es » s ’est donné comme objectif de créer un objet médiateur et de transmission mettant en situation le Kombucha, une boisson fermentée utilisée pour ses vertus probiotiques et des plantes comestibles de la ville. L’Action de cet objet contextuel et mobile crée des passerelles entre les habitants, les étudiant.es, les médiateur.ices et avec le vivant en milieu urbain. Un bar pédagogique pour transmettre des récits, diffuser la connaissance, et proposer des expériences participatives avec les publics en œuvrant pour une pédagogie citoyenne du soin.

Le bar à Kombucha et plantes 
invasives et médicinales - Collectif vivant.esSet Design : ©Alexia Venot. image : ©Antoine Behagel

Le bar à Kombucha et plantes 
invasives et médicinales - Collectif vivant.esSet Design : ©Alexia Venot. image : ©Antoine Behagel

Le bar à Kombucha et plantes 
invasives et médicinales - Collectif vivant.esSet Design : ©Alexia Venot. image : ©Antoine Behagel

Le bar à Kombucha et plantes 
invasives et médicinales - Collectif vivant.esSet Design : ©Alexia Venot. image : ©Antoine Behagel

Workshop mené par Ariane Leblanc, Nicolas Carrier et Marie Ouazzani, autour de rituels et de dégustation de plantes comestibles infusées, une invitation à 
« déguster le paysage ». image : ©Alexia Venot

Macération de plantes. image : ©Alexia Venot

Fleurs comestibles et médicinales. image : ©Alexia Venot

Le studio vivant & ville s’inscrit dans le cadre de la préparation de l’expo-Action Infinite creativity for a finite world, dans le cadre du festival 100 % à la Vilette qui se tiendra en avril prochain. Cette exposition, à l’initiative d’Anna Bernagozzi a pour objectif " de montrer la capacité unique du design, et en particulier du co-design, à mettre en relation, faire résonner, révéler et valoriser des pratiques et des solutions modestes et sobres dont l’efficacité et la résilience ont été prouvées par le temps."

Le studio « vivant & ville » envisage de « se réapproprier » la ville par le vivant et le vivant dans la ville depuis un point de vue éco-féministe. Nous avons pris le parti de proposer une série de rencontres aux étudiant.es, une phase de recherche sous le signe de « l’incubation » pour préparer le terrain et les actions de l’exposition. Un deuxième confinement a été l’occasion d’explorer de nouveaux formats pédagogiques , et de donner la parole à des artistes, curatrices, chercheuses, et designer.eu.ses. pour appréhender, leur travail sous l’angle du « care », leurs expériences incarnées et émotionnelles.

Nous avons eu le plaisir, d’accueillir Lucile Olympe Haute (artiste et enseignante-chercheuse) ; Carmen Bouyer ( artiste, éducatrice, designeuse) ; Serina Tarkhanian (designeuse) ; Lilianna Motta (artiste- botaniste ), le duo composé de l’anthropologue Marine Grand et de l’artiste Anaïs Tondeur, les curatrices et podcasteuses Anne Bourrassé et Hélène Aguilar, Aniara Rodado (artiste, chorégraphe, chercheuse ), Phénix Brossard (acteur) ; Kathleen Reilly (artiste, artisane, designeuse) et le designer industriel Arthur Donald Bouillé. Ces rencontres se sont déroulées par le biais d’entretiens, de présentations et sous la forme d’ateliers. Les conversations ouvertes au public, ont été rejointes et enrichies par Anna Bernagozzi (enseignante, curatrice, théoricienne) Henriette Waal (artiste, designeuse, enseignante), Ines Geoffroy (programmatrice d’exposition) et Eric Loret (journaliste et critique). Ce studio a été imaginé pour penser notre relation au vivant, envisagé comme partenaire de soin en ville.

Une question s’est alors dessinée : comment appréhender le vivant, de nouveau inaccessible ? Comment designer·euses et sorcières approchent la question du « care » et leurs relations au vivant.es ?

Nous avons mis place en ligne des rencontres particulièrement stimulantes. Une manière d’observer, d’appréhender le vivant sans avoir accès au terrain. Un espace privilégié, nous permettant pendant quelques semaines de rester en contact avec la scène culturelle. Des rencontres néanmoins à distance, Un rapport distancié, relatif car aussi intime. Une intimité faisant écho à la dernière intervention des rencontres vivant.es dédiée à la fiction, au sein de laquelle Arthur Donald Bouillé est intervenu. Dans , l’écume des jours, la relation au cancer du personnage de Boris Vian se joue par une métaphore au vivant, le nénuphar croît dans les poumons de Chloé à mesure que la maladie progresse. Arthur Donald Bouillé prolonge la métaphore de Vian avec Expérience de penser, trois objets d’aide à l’accompagnement de patients atteints du cancer. Le premier objet de la collection accueille un échantillon tumoral, avec lequel l’usager est amené à interagir : cette relation se manifeste par une réponse lumineuse qui varie selon la voix du patient. En mettant la technologie au service du soin, Arthur Donald Bouillé questionne notre rapport à la maladie par le biais d’objets-intermédiaires établissant un cadre intime pour visualiser, matérialiser et percevoir le cancer. Pour Arthur Donald Bouillé « C’est un dialogue avec soi, avec l’autre qu’humain, l’objet est donc un réceptacle pour la parole de l’usager tout autant qu’il joue le rôle d'intermédiaire entre l’usager et l’incarnation de sa maladie » . S’il propose de nouvelles manières d’appréhender la pathologie, par le biais sensible et poétique, ces objets de nature ambigüe, se situent aussi à la frontière du design spéculatif et du design critique, dans la lignée de Dunne & Raby. Ces instruments sont aussi des moyens d’apporter une critique quant à l’aseptisation des appareils médicaux et de remettre en question l’approche du designer industriel et plus largement de la culture techno-scientifique occidentale.

Un constat à l’origine de la recherche de la designeuse canadienne Serina Tarkhanian, pour qui l’institution médicale, impose une relation passive et standardisée au patient, les seules voies d’appréhension de la médecine et des savoirs existant sous le contrôle de protocoles et de méthodes scientifiques. Son projet co-healing : an institutional reform for caring with propose une expérience collective et participative de soin. The lung microbiota exchange tool a pour objectif de permettre un échange réciproque et sécurisée entre les microbiomes des patients, où chacun·e peut devenir donneur.euse et receveur.euse. Son projet, est aussi un moyen pertinent pour repenser l’expérience du soin grâce à une approche du design social et relationnel, en privilégiant des matières et des couleurs chaudes renouant avec des formes et procédés artisanaux et ancestraux pour renouveler les codes d’une esthétique de laboratoire dépersonnalisée en vigueur dans les hôpitaux. If design seems to be a way of questioning the western medical and scientific apparatus, witchcraft is also a place of experimentation to propose medicinal alternatives.

Aniara Rodado, artist, choreographer and researcher, considers care through collective and performative experiences. In the field of bio-hacking and domestic witchcraft, Aniara Rodado, sets up experiments where multi-specific and multi-sensorial relationships are played out. Her poetic, political and embodied commitment considers the decolonisation of bodies and plants, from a trans-feminist position. By collaborating with the Gynepunk collective, she works to make gynaecological knowledge accessible and for the empowerment of female bodies from the pharmaceutical industry. In the framework of her doctoral thesis, Aniara Rodado proposes alternatives to gynaecological care by reviving ancestral Mayan knowledge of plants, in particular with the cream for stealing. The recognition of alternative, non-labelled or witchcraft knowledge allows us to redefine our alliances with the living through practices, and also through more egalitarian means of expression. The lexical heritage of modern science also contributes to distancing ourselves from the relationship established with other species.

In this dynamic, through the formats she proposes (from digital tools to performative spaces). Lucile Haute renews the lexicon of witchcraft by mobilising its narrative and political content. Her Cybersorcery Manifesto and its neo-pagan rituals become the support of a animist techno-feminist activism. Lilianna Motta's work also works to move the life sciences towards a more inclusive lexicon. Lilianna Motta, participates in a relational ecology by working for the protection and conservation of polygons, these rhizomic plants that are blacklisted by their taxonomy, considered as "invasive" or "weeds". If we must be careful to evolve the tools, instruments, and terms for approaching care and the living, "what is salvific is that in the forms of enquiry, the sciences have simultaneously invented styles of knowledge that are of another order: knowledge that restores to the living their intrinsic animation, knowledge that reanimates. This is what we need in a culture of the living: knowledge that is woven into the other dimensions of sensitivity, thought and practice".

The media of expression can participate in the emancipation of the living and redefine the associated hierarchies. Ritual, manifesto and fiction can all be used to create new alliances. Collective and interspecific modes of survival echoing the Chtulucene of Donna Haraway, philosopher of science and biologist, a concept where the biological, the technological, the human, the non-human cohabit through new associations.

By reappropriating terms, knowledge and tools, designers and witches can contribute to the development of more inclusive and empathetic practices, with the aim of reconsidering and reweaving our relationships with the living and the way we think about and care for the living. By becoming spokespersons for this reappropriation, they can thus participate in modifying the site of destruction, as well as be modified by this reappropriation.


Référénces :

Boris Vian, L’écume des jours, le livre de poche, 1996.
Emilie Hache, Reclaim, recueil de textes écoféministes
choisis et présentés par Emilie Hache, Cambourakis, 2016.
Baptiste Morizot, Nouer culture des luttes et culture du vivant,
Socialter, hors-série n°9, 2021.
Starwhak, Rêver l’obscur : femmes, magie et politique, Cambourakis, 2015.
Donna Haraway, Staying with the Trouble :
Making Kin in the Chtulucene,
Duke University Press, Durham, North Carolina, 2016.
Anthony Dunne & Fiona Raby,
Design, Fiction, and Social Dreaming, The MIT Press

  1. Baptiste Morizot, Nouer culture des luttes et culture du vivant, Socialter, hors-série n°9, 2021.