ATELIER DES GRIOTS

Caroline Grellier

Acteur

Designer, enseignante et membre associée du laboratoire de recherche en innovation sociale par le design Projekt (Université de Nîmes,France), Caroline Grellier vit et travaille en Afrique de l’Ouest depuis 2014. Ses recherches, nourries par les post-colonial studies et le decolonising design, s’articulent autour de la compréhension des pratiques de design en Afrique, interrogent la dimension interculturelle des pratiques de design, dans l’objectif de proposer d’autres modèles de pédagogies du design en dehors de ceux élaborés par la sphère occidentale dominante (Ambole, 2020). Sensible à la relation entre design et contextes culturels, Caroline Grellier s’investit auprès des communautés africaines de makers, qu’elle perçoit comme de véritables écoles de design. Sa pratique interroge les relations interculturelles dans un contexte post-colonial, à travers l’exploration du concept de design endogène. Membre de l’ONG béninoise d’architectes et de designers L’Atelier des Griots depuis 2018, elle s’intéresse également au rôle de la communauté dans le processus de design endogène.

Action

Dans un contexte de forte mondialisation, la quête de « l’Afrotopos » (Sarr, 2016), ou la question de la réappropriation de l’identité africaine par les africains, interroge inexorablement les pratiques de co-création et d’empowerment du designer sous l’angle interculturel, via une exigence d’intégration africaine (Ki-Zerbo, 2013), c’est-à-dire la mobilisation des savoirs endogènes (Hountondji, 1994) et cultures africaines à la base. Au Bénin, l’ONG d’architectes et de designers L’Atelier des Griots se consacre à l’étude et à la valorisation des cultures constructives locales africaines, qualifiées d’urbanisme informel : des habitats auto-construits par les populations dans des quartiers périphériques délaissés, qui occupent aujourd’hui plus de 70% des villes africaines (ONU Habitat, 2014). C’est dans une forme d’adversité que la créativité s’impose, et ces habitats apparaissent aujourd’hui comme une véritable source d’inspiration, de par leur résilience. Akpakpa Dodomey Enagnon, un quartier de Cotonou délaissé par les autorités, en proie à des problématiques sociales fortes, est le premier site d’intervention de L’Atelier des Griots. Il s’agit d’accompagner l’autonomisation des populations à travers la revitalisation de leurs espaces publics, leur permettant ainsi d’exploiter pleinement leurs potentiels social, économique et culturel. Pour ce faire, l’Atelier des Griots mise sur la co-création avec les communautés locales bénéficiaires, en s’appuyant sur des valeurs écologiques fortes, résonnant aujourd’hui plus que jamais comme une nécessité.

Observation et étude des pratiques constructives informelles du quartier. Collecte de matériaux et matières. © Caroline Grellier

Sous-toiture en semelles de tongs recyclées

Sous-toiture en semelles de tongs recyclées. Deuxième prototye avec l'aide des enfants.

Sous-toiture en semelles de tongs recyclées. Experimentation d'une autre technique.

Fabrication du premier prototype.

Habitat autoconstruit. Akpakpa, Dodomey, Enagnon

lavage de tongs recyclées.

Maison des jeunes. Akpakpa, Dodomey, Enagnon.

Premier prototype

Design endogène

C’est pendant une année d’immersion dans les communautés africaines de makers qu’elle s’intéresse à la production low-tech de matériaux locaux et se passionne pour la pédagogie du design sur le continent, entre savoirs experts et savoirs profanes (Manzini, 2015). Entre 2018 et 2020, elle relève le challenge de créer et diriger la première école de design de la région ouest-africaine, Africa Design School au Bénin. En parallèle, dès 2018, elle rejoint comme bénévole l’équipe de l’ONG L’Atelier des Griots, groupe d’architectes, designers et urbanistes basé à Cotonou. Co-fondé en 2014 par Habib Mémé et John Stephen Ellis, ce studio international se consacre à l’étude et à la valorisation des cultures constructives locales africaines, qualifiées d’urbanisme informel. Des habitats auto-construits par les populations dans des quartiers périphériques délaissés, qui occupent 70% des villes africaines, et abritent 199,5 millions de personnes sur le continent (ONU Habitat, 2014). C’est pourtant bel et bien dans l’adversité que la créativité s’impose, et cet urbanisme informel apparaît aujourd’hui comme une véritable source d’inspiration, de par sa résilience. Akpakpa Dodomey Enagnon, un quartier de Cotonou délaissé par les autorités, en proie à des problématiques sociales fortes (banditisme, chômage élevé, pauvreté), est le premier site d’intervention de L’Atelier des Griots. L’objectif est d’accompagner l’autonomisation des populations à travers la revitalisation de leurs espaces publics, leur permettant ainsi d’exploiter pleinement leurs potentiels social, économique et culturel. Pour ce faire, l’Atelier des Griots mise sur la co-création avec les communautés locales bénéficiaires, en s’appuyant sur des valeurs écologiques fortes, vectrices d’un développement durable résonnant aujourd’hui plus que jamais comme une nécessité.

Dans un contexte de forte mondialisation, la quête de « l’Afrotopos » (Sarr, 2016), ou la question de la réappropriation de l’identité africaine par les africains, interroge inexorablement les pratiques de co-création et d’empowerment du designer sous l’angle interculturel, via une exigence d’intrégration africaine (Ki-Zerbo, 2013), c’est-à-dire la valorisation des savoirs et cultures africaines à la base. Dans la tradition orale africaine, le griot - issu d’une lignée familiale de griots - est une sorte de conteur, presque historien, un médiateur qui incarne la mémoire de la famille, du village, du pays. Ces histoires sont pour l’Atelier des Griots primordiales afin de respecter l’identité du quartier, d’incarner le mode de vie de ses habitants via le projet et de perpétuer une tradition à travers des mediums différents tels que l’architecture, l’art, l’urbanisme et le design.

Avec les Griots, Caroline Grellier initie un terrain de recherche autour de son concept inédit de design endogène afin d’interroger un parallèle méthodologique entre les outils de l’innovation sociale par le design et la mobilisation de savoirs endogènes (Hountondji, 1994), menant à un développement endogène (Ki-Zerbo, 2013) du territoire. L’objectif visé est de permettre un nouvel éclairage sémantique sur une démarche de design interculturel générant de l’innovation sociale dans une logique de développement local, en contexte africain. Entres autres projets, une série d’ateliers ont été menés dans le but d’améliorer des pratiques d’auto-construction à partir de matériaux locaux.

Designer étrangère du pays et du quartier d’Akpakpa Dodomey Enagnon, la première chose à faire a été de déambuler avec les Griots à travers les vons du quartier, observer sa tectonique, faire connaissance avec ses habitants en rentrant dans les cours des maisons, ressentir la vie (Vauthrin, 1989) et identifier les ressources disponibles. Lors d’un second atelier, une collecte de matières au sol, dans la rue comme sur la plage, a permis aux Griots de créer la matériauthèque d’Akpakpa Dodomey Enagnon, pour ensuite imaginer les potentiels de ces matières en projetant d’autres utilisations. La semelle de tong, utilisée pour marcher car résistante et imperméable, a ainsi été explorée en matériau de sous-toiture, grâce à un matériel rudimentaire de bricolage. Cette solution, parmi d’autres prototypées, sont destinées à changer d’échelle afin d’intégrer le grand projet de construction de la Maison du Peuple (actuellement une cour publique délaissée). Entièrement co-conçu avec les habitants du quartier, ce bâtiment permettra d’offrir l’accès à un espace d’expression artistique, une bibliothèque, un potager hors-sol et un espace polyvalent de réunion.